Santé mentale et masso-kinésithérapie : un enjeu de société et un engagement concret du CEERRF
La santé mentale s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur de santé publique. En France, la dégradation progressive des indicateurs, accentuée par la crise sanitaire, a conduit les pouvoirs publics et les institutions à repenser en profondeur l’organisation des soins psychiques. Les jeunes adultes, particulièrement exposés aux troubles anxieux et dépressifs, sont au cœur de ces préoccupations. Dans ce contexte, les formations en santé et les établissements d’enseignement supérieur ont un rôle central à jouer, tant dans la préparation des futurs professionnels que dans l’accompagnement de leurs propres étudiants et personnels.

La santé mentale : un champ prioritaire en pleine transformation
Les difficultés d’accès aux soins psychiques – délais d’attente, saturation des services spécialisés, inégalités territoriales – ont conduit à une diversification des acteurs impliqués dans la santé mentale. Le développement du secourisme en santé mentale (PSSM) illustre cette évolution. Inspiré des premiers secours physiques, ce dispositif vise à former citoyens et professionnels au repérage précoce de la détresse psychique, à l’adoption d’une posture relationnelle adaptée et à l’orientation vers les ressources compétentes.
Parallèlement, les recommandations du Sénat et la récente réforme de la profession infirmière renforcent la place de certains professionnels dans le parcours de soins en santé mentale, notamment via la pratique avancée. Ces évolutions traduisent une volonté claire de décloisonner les prises en charge et de favoriser une approche plus interprofessionnelle, dans laquelle des professions historiquement moins identifiées comme acteurs de la santé mentale trouvent désormais toute leur place.
La contribution spécifique des kinésithérapeutes à la santé mentale
Si la santé mentale peut sembler, de prime abord, éloignée du champ de la masso-kinésithérapie, la réalité clinique démontre le contraire. Le kinésithérapeute intervient au cœur de situations où les dimensions corporelles et psychiques sont étroitement liées : douleurs chroniques, pathologies neurologiques ou respiratoires, perte d’autonomie, handicap, accidents de vie ou rééducations longues et complexes.
La relation de proximité, la fréquence des séances et la durée du suivi placent le kinésithérapeute dans une position privilégiée pour repérer des signes de souffrance psychique : fatigue inhabituelle, désengagement, anxiété, tristesse persistante, discours pessimistes ou modification du comportement. Sans poser de diagnostic ni se substituer aux professionnels spécialisés, il peut jouer un rôle clé de repérage, d’écoute, de relation d’aide et d’orientation, contribuant ainsi à une prise en charge plus globale et plus humaine.
Cette dimension est également déterminante pour l’efficacité de la rééducation. L’état psychologique influence fortement l’adhésion du patient aux soins, sa motivation et sa capacité à s’investir dans le processus de réadaptation. Mieux comprendre ces facteurs permet d’améliorer la relation thérapeutique, d’adapter les prises en charge et d’optimiser les résultats fonctionnels.


Former les futurs kinésithérapeutes à une approche globale du patient
Face à ces constats, l’intégration de la santé mentale dans la formation en masso-kinésithérapie apparaît comme une évolution nécessaire. Elle implique un renforcement des enseignements relatifs à la relation soignant-soigné, à l’écoute active, à la reconnaissance des signes de fragilité psychique et à la coordination du parcours de soins.
Les mises en situation, jeux de rôle et espaces de réflexion permettent aux étudiants de développer leurs compétences relationnelles dans un cadre sécurisé. La connaissance des ressources territoriales – centres médico-psychologiques, psychologues, psychiatres, associations, dispositifs de secourisme en santé mentale – est également essentielle pour faciliter l’orientation et éviter l’isolement du professionnel face à des situations complexes.
Cette approche doit toutefois s’accompagner de repères éthiques clairs : le rôle du kinésithérapeute s’inscrit dans le repérage et la prévention, et non dans le soin psychique spécialisé. Des espaces de débriefing et de soutien sont indispensables pour prévenir l’épuisement émotionnel des étudiants et des professionnels.
Le CEERRF : un engagement institutionnel fort pour la santé mentale
C’est dans cette dynamique nationale et professionnelle que s’inscrit l’engagement du CEERRF, qui place la santé mentale de ses étudiants et de son personnel au cœur de ses priorités. Conscient des enjeux spécifiques à l’enseignement supérieur et aux formations en santé, l’établissement a récemment renforcé son dispositif par la création d’un Pôle Santé Mentale et Violences Sexistes et Sexuelles (VSS).
Piloté par une équipe pluridisciplinaire composée de Sébastien Herry, Arnaud Cerioli et Rachel Delabroy, ce pôle constitue un point de contact unique, confidentiel et accessible pour toute personne rencontrant des difficultés psychologiques ou confrontée à des situations de violences. Il incarne la volonté du CEERRF de garantir un environnement d’études et de travail sûr, bienveillant et respectueux.


Un accompagnement de proximité et des actions concrètes
En complément de ce pôle, plusieurs instances assurent un suivi individualisé des étudiants :
- une section dédiée au traitement pédagogique des situations individuelles,
- une section vie étudiante, espace de dialogue et de veille sur le bien-être,
- une section disciplinaire garantissant le respect du cadre institutionnel.
Le règlement intérieur a également été renforcé par des dispositions explicites concernant les comportements discriminatoires et les dénonciations calomnieuses, affirmant une politique de tolérance zéro. Une attention particulière est portée aux signaux de fragilité, tels que les interruptions d’études, afin de proposer un accompagnement adapté et de prévenir les ruptures de parcours.
Conclusion
La santé mentale est désormais une composante incontournable de la prise en charge globale des patients et du fonctionnement des institutions de formation en santé. Les kinésithérapeutes, par leur pratique centrée sur le corps et la relation, occupent une place stratégique dans le repérage et la prévention de la souffrance psychique.
À travers ses actions et la structuration de dispositifs dédiés, le CEERRF s’affirme comme un acteur engagé et responsable, soucieux à la fois de la formation de futurs professionnels compétents et du bien-être de sa communauté. Loin de modifier l’identité professionnelle des kinésithérapeutes, cette évolution enrichit leurs compétences relationnelles et renforce une approche globale, humaine et coordonnée du soin, en phase avec les besoins de la société actuelle.
Bibliographie
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