La crise sanitaire du COVID-19, mobilise les professionnels mais également les étudiants.

Plusieurs de nos étudiants, quelque soit leur année de formation, ont été, sont ou seront mobilisés pour renforcer les équipes soignantes. Ainsi tous le CEERRF est mobilisé pour d’une part, assurer la continuité pédagogique et d’autre part, participer à cet effort collectif.

Guillain étudiants en K4 nous raconte son expérience.

« La crise sanitaire du COVID-19 vu par un apprenti masseur kinésithérapeute »

Le texte que vous vous apprêtez à lire est la vision d’un étudiant en dernière année de kinésithérapie, elle reflète sa perception des évènements qui se sont déroulés depuis le 12 Mars 2020 en service de réanimation de l’hôpital Foch.

La semaine du 10 mars 2020 est la première à avoir été si différente des précédentes. Cette semaine était particulièrement calme et ne représentait pas vraiment une semaine classique en service de réanimation. Elle ressemblait encore moins à celles qui allaient suivre. A partir du 12 mars, le service comprenant 25 lits de réanimation se vide. Il se vide pour accueillir la « vague » de patients atteints du COVID-19.

Le mardi 17 Mars, après la deuxième allocution d’Emanuel Macron, je m’apprête donc à faire face à la situation dramatique du service. Ça ne sera pas le cas. En effet, les services ayant été vidés, le service de réanimation prend en charge moins de patients que d’habitude.

En revanche, une des unités du service avait été aménagée pour accueillir des patients « Covid ». Il y a donc désormais un SAS pour y rentrer en tenue complète comme nous pouvons le voir sur la photo (Casaque + masque FFP2 + charlotte + visière de protection + gants). Cette unité, je ne m’y rendrai pas tout de suite, pas cette semaine. En effet, l’hôpital ayant besoin de limiter l’utilisation des blouses et masques, seuls les titulaires étaient autorisés à entrer afin d’éviter une pénurie. Le service se prépare également à être complétement modifié afin d’accueillir le maximum de patients dans des conditions de pathologie contagieuse. Cette semaine-là je ne serais plus vraiment stagiaire car je fais principalement du déménagement de bureau et de matériel. Je révise également la prise en charge kinésithérapique d’un Syndrome de détresse respiratoire aiguë car on m’a informé que les patients qui arriveront présenteront ce tableau clinique.

A partir vendredi 20 Mars, la salle de réveil ainsi que les blocs opératoires sont réquisitionnés pour accueillir les patients COVID réanimatoire. A la fin de la journée, nous passons voir avec mon tuteur la disposition de ces salles afin que j’aie un aperçu des conditions d’accueil pour être plus autonome dans ma prise en charge dès Lundi 23.

Au premier abord, il me semble compliqué d’accueillir des patients dans de telles conditions et je doute de mes capacités à faire face à une telle situation. En effet, en réanimation les chambres sont très grandes et permettent aisément de circuler autour du patient. Dans ces salles, l’espace entre les patients est restreint et les machines prennent beaucoup de place. L’espace dont nous avons besoin pour effectuer les soins est donc considérablement réduit.

Ce qui m’interpelle ensuite est le rassemblement des patients. En effet, je ne vois pas de cloisons, seulement une salle pour 25 personnes, ce qui ne leur permet pas de profiter de l’intimité qu’ils ont habituellement dans le service de réanimation. Cela me donne une impression de soins dégradés.

J’imagine alors que la surcharge de travail à laquelle nous allons devoir faire face, ne me permettra pas de m’appuyer sur le personnel, ce qui, jusqu’à présent me rassurait. Cette impression s’avérera fausse car les soignants se sont montrés particulièrement solidaire et compréhensifs.

Enfin, à l’observation plus précise de ces nouveaux lits de réanimation je me rends compte de la taille des ventilateurs qui sont prévus pour être utilisé sur les patients Covid. Ceux-ci sont petits et ce n’est pas ceux que j’ai l’habitude d’utiliser pour un syndrome de détresse respiratoire aiguë. En effet, on utilisera ici des respirateurs artificiels de transport pour ventiler des patients pendant plusieurs semaines. Ces derniers n’ont pas les mêmes capacités de finesse en termes de réglages et sont donc plus traumatisant pour le poumon.

En sortant des salles, je suis alors très inquiet pour les semaines à venir et me demande dans quelles mesures nous allons pouvoir effectuer une prise en charge optimale malgré une situation sanitaire inédite.

Les semaines suivantes s’avèrent compliqués tant psychologiquement que physiquement.

Avec mes collègues soignants, nous mettons les patients en position de décubitus ventral pour leur permettre une meilleure ventilation. Il s’agit donc de les tourner régulièrement (toutes les 16H) pour observer si une amélioration se produit avec les soins médicaux et paramédicaux prodigués par les équipes.

J’ai alors l’impression que mon travail est peu varié car je réalise des mobilisations passive à la chaine sans avoir le temps de connaitre le dossier des patients.

Nous avons très chaud dans nos combinaisons et derrière nos masques et visières. Il est difficile de reconnaitre ses collègues ce qui complique la communication. Les journées sont longues et éreintantes.

Heureusement ce type de soins et de journées ont une fin et, certains patients se réveillent ; ils ont passé pour certains plusieurs semaines à être dans un coma artificiel. Les kinésithérapeutes de mon service et moi-même les avons mobilisés tous les jours de ce coma afin qu’ils perdent le moins de muscles possible et que leurs articulations ne s’enraidissent pas. La plupart progressent vite et quittent le service assez rapidement. C’est décevant de les voir partir si vite. Habituellement nous avons le temps d’entamer leur rééducation, pas cette fois ci. Il faut libérer des places pour les potentiels prochains patients.

Il y a aussi eu de belles choses : les quantités de gâteaux et de dessins d’enfants qui recouvrent désormais les murs de la salle de pose bien délaissée. Mais aussi et surtout les équipes soignantes qui se serrent les coudes qu’elles soient médicales, paramédicale, du self ou encore du ménage ou de l’accueil, l’ensemble de l’hôpital tourne à plein régime dans un même but : soigner le maximum de personnes dans les meilleures conditions possible.